Saline Royale d’Arc-et-Senans

Saline Royale d’Arc-et-Senans

Inscrite en 1982 au patrimoine mondial de l’UNESCO, la Manufacture Royale d’Arc-et-Senans est un chef-d’œuvre de l’architecture industrielle. Son créateur ? Claude Nicolas Ledoux, un architecte visionnaire du XVIIIe siècle.

Une histoire de sel

Depuis l’Antiquité, le sel est utilisé pour la conservation des aliments et particulièrement de la viande et du poisson. Appelé « l’or blanc », cette denrée a commencé à être taxée en Franche-Comté à partir du XIVe siècle par la gabelle.
Dans notre région, le sous-sol, assez riche, permettait la création de nombreux puits desquels les exploitations salines extrayaient le sel par ébullition de saumure (eau salée). Ebullition qui nécessitait une grosse consommation de bois. Or, les forêts qui servaient de combustibles commençaient à s’épuiser. En 1767, on désigna donc un nouveau « Commissaire aux Salines de Lorraine et de Franche-Comté » chargé d’évaluer les principales exploitations franc-comtoises, l’architecte Claude-Nicolas Ledoux.

Sur les pas d’une nouvelle saline franc-comtoise

Claude-Nicolas Ledoux découvre que l’exploitation de Salins-les-Bains n’est plus rentable et propose la construction d’une nouvelle saline. Ledoux en dessine le plan bien avant qu’un site ne soit choisi. Il l’imagine comme un monastère, avec une cour intérieure carrée et des galeries couvertes supportées par 140 colonnes doriques… Une idée qui a choqué les administrateurs pour qui une usine devait ressembler à une usine, pas à un temple. L’architecte revoit alors sa copie. Pendant ce temps, en 1773, un arrêt du Conseil détermine le lieu de construction de la nouvelle saline : elle sera entre les deux villages d’Arc et Senans, dans le Jura, près de la forêt de Chaux.

La manufacture Royale : l’œuvre de Claude-Nicolas Ledoux

Le nouveau plan de Ledoux pour la Saline Royale d’Arc-et-Senans est approuvé par le roi Louis XV quelques jours avant sa mort. L’originalité est toujours de mise pour ce bâtiment industriel que Ledoux veut « aussi pur que le soleil dans sa course ». Il aura donc la forme d’un arc de cercle de 370 mètres de diamètre : les déplacements entre les bâtiments techniques et les logements étaient ainsi favorisés sans pour autant négliger l’esthétique. Une esthétique qui se retrouve dès l’entrée, avec le bâtiment des gardes qui nous accueille avec de majestueuses colonnes doriques. Eh oui, Claude-Nicolas Ledoux a finalement réussi à imposer ses colonnes. On en retrouve d’autres d’ailleurs qui ornent le portique du bâtiment du directeur, l’édifice le plus impressionnant. Des colonnes remarquables par leur façonnage. En effet, ni lisses ni courbes, elles sont composées de tambours cubiques et cylindriques alternés.

Pendant que la saline décline, Ledoux rêve de cité idéale

L’activité de la Saline, qui commença en 1779, connut jusqu’à sa fermeture en 1895, de nombreuses difficultés. Avec la Révolution, la Ferme Générale et la gabelle (1793) ont été supprimées et la Saline Royale devint un bien de l’état qui passa de gestionnaire en gestionnaire. Et bien sûr, son architecte, trop royaliste, fut emprisonné. Mais cette période ne fut pas si négative pour Claude-Nicolas Ledoux qui en profita pour dessiner les plans d’une Cité Idéale qui devait entourer la saline. En cette fin de 18e siècle, il était étonnant de voir comment l’homme percevait déjà les grands centres urbains comme anarchiques et malades. Pour lui, la cité devait être à la campagne, bien ordonnée, avec des habitants vivant en totale harmonie. Les noms des bâtiments de sa cité sont éloquents : la Maison d’union, la Maison d’éducation, les Temple des vertus ou encore la Maison de plaisir…
Un architecte visionnaire qui bien sûr n’a jamais eu l’occasion de réaliser sa cité. Toutefois, son œuvre d’Arc-et-Senans est aujourd’hui un monument très estimé de Franche-Comté : classée aux monuments historiques en 1940, elle fait partie depuis 1982 de la liste très prisée du patrimoine mondial de l’Unesco.

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